Eh bien, tout dépend. Mais la plupart du temps, il est préférable de vernir.
L'objectif n'est pas de préserver les couleurs de la lumière, ou de protéger la peinture de l'humidité. Car la cire protège les pigments (voir la conservation exceptionnelle des portraits du Fayoum, masques funéraires de l'Egypte ancienne - voir aussi l'usage de la cire pour enrober les minuscules gouttelettes d'encre de certaines imprimantes numérique à jet d'encre) et repousse l'eau naturellement (hydrofuge).
Les meilleurs résultats en matière de protection (accroche sur la cire, dureté, résistance à l'humidité) sont, aux dernières nouvelles du front, obtenus avec des vernis pour gouache à l'alcool.
Les meilleurs conditions d'utilisation (absence d'odeurs, absence de nocivité, entretien des pinceaux) sont incontestablement obtenues avec les vernis acryliques. Mais j'ai découvert récemment différentes qualités de vernis pour gouache, y compris à l'eau. Je dois donc faire de nouveaux essais…
Il s'agit plutôt d'apporter une protection contre l'oxydation de certaines couleurs (une fine pellicule blanchâtre se développe sur la peinture à cause de l'oxygène de l'air) et surtout une protection mécanique contre les rayures et un écran efficace contre les salissures.
Je conseille de ne pas se précipiter à vernir. La technique permet de reprendre ses peintures même très longtemps après. Cela ouvre des perspectives créatives : reprises, techniques mixtes, transfert… Il serait dommage de se priver de cet aspect magique (qui est aussi un défaut, voir ci-dessous).
Utilisée sous forme de pure cire d'abeilles colorée et appliquée à chaud sur le support, la peinture à la cire reste tendre et présente une réelle fragilité. Par exemple, elle n'aimera pas une trop forte chaleur (l'exposition prolongée à la lumière directe du soleil, en plein été), et elle craindra les rayures (beaucoup). La cire d'abeilles mélangée à 5 ou 10 % de cire de carnauba sera plus dure (dureté maximale après quelques jours). Mais il faut faire soi-même sa "petite cusisine", ce que je trouve fastidieux.
Cependant, c'est aussi un avantage, car on peut facilement reprendre une peinture (à chaud), ou la retravailler à froid avec une plume à couper (vaccinostyle), du papier de verre, etc.
Par ailleurs, certaines couleurs (et certaines marques plus que d'autres) sont sensibles à l'oxydation, problème qui concerne d'ailleurs d'autres techniques (pastels et huile notamment). Peut-être aussi qu'une température excessive d'utilisation (la cire fond vers 65 degrés, mais si un fer à peindre est trop chaud, la cire devient "comme de la flotte" puis se vaporise : le fer se met à fumer) combinée à de nombreux mélanges (quand on s'acharne un peu !) accentue le problème. C'est en tout cas ce que j'ai cru observer, en particulier sur les couleurs les plus foncées, notamment le noir. La marque "Stockmar" est moins sensible au problème : les craies sont en pure cire d'abeilles et les pigments d'excellente qualité, sans métaux lourds ni additifs. Les craies de cire de marque Hobbyring y sont beaucoup plus sensibles, mais je ne les utilise plus (plus épaisses et odeur âcre désagréable, peut-être due à la présence de cire extraite du pétrole. Les cires Hobbyring ne contiennent que 80 % de cire d'abeilles). Cires Lyra : pas encore testées, mais simplement en regardant les craies dans la boîte, je constate le phénomène de manière très franche.
Lorsque la peinture est encadrée sous verre, le vernis est optionnel, mais le risque d'oxydation n'est pas supprimé. Si le support est absorbant (bristol, bois), ou si la peinture a été réalisée rapidement (par application directe ou par transfert) et surtout si elle a été patinée avec un chiffon de laine, il est probable qu'elle n'ait pas besoin d'être vernis. Surveillez la peinture pendant quelques semaines, quelques mois, pour voir si le phénomène se produit. Si c'est le cas, essuyez doucement avec un chiffon de laine puis vernissez.
Il pourrait s'agir d'un autre phénomène et non pas d'une oxydation : une sorte de pruine, soit une "poussière cireuse", blanchâtre ; ceci reste à confirmer. Toujours est-il que le problème existe et qu'il est préférable de le prévenir.
Donc, la plupart du temps, lorsque une peinture est terminée et que l'on a la certitude de ne plus avoir besoin de revenir dessus, il est recommandé de vernir, pour éviter les rayures, les salissures et surtout à cause de cette possible oxydation/pruine.
Pour cela, plusieurs solutions sont possibles. La plus rapide consiste à utiliser un vernis en bombe aérosol. Oui, mais lequel ? Et existe-t-il des solutions pour celles et ceux qui n'ont pas d'atelier et qui fuient les produits nocifs ou les odeurs fortes ?
J'ai essayé deux vernis pour la peinture à l'huile. Ça marche, mais c'est un peu long à sécher : environ 3 jours. Il faut donc un endroit adapté. Et ça ne sèche pas du tout si la température ambiante est trop élevée (bine lire l'étiquette et ne pas vernir en pleine canicule !).
J'ai fini par trouver des vernis qui donnent de bons résultats, et surtout, qui sèchent très rapidement (quelques heures, donc secs dans la journée). C'est même une gamme de vernis, car il existe en mat, en satiné et en brillant, sachant que l'on applique généralement plus d'une couche et qu'il est possible d'utiliser successivement deux qualités différentes (par exemple : brillant puis mat pour un résultat satiné). La marque : Marabu.
J'ai cependant rencontré deux problèmes : allongement du temps de séchage par forte température et phénomène (rare) d'écaillage avec le vernis brillant appliqué en couche unique trop épaisse (préférer plusieurs passages avec séchage intermédiaire). Question température, l'étiquette spécifie 20 °C ! Côté écaillage, à noter cependant que l'écaillage en question ne s'est produit qu'après une chute (peinture non encadrée temporairement accrochée au mur et qui tombe au sol…) ou un choc. Sinon, ce vernis Marabu est presque parfait. Mais il faut faire ça en extérieur ou dans un atelier bien ventilé (aérosol nocif, gaz très inflammable, odeur très forte) ; petit studio dans une grande ville, s'abstenir !
Je n'ai pas la compostion exacte de ce vernis. Il contiendrait de la cire, mais sans certitude. Après avoir effectué le "test du scotch" (appliquer un morceau d'adhésif et tirer perpendiculairement à la peinture d'un coup sec), il semblerait qu'il s'agisse d'un vernis de type acrylique, en tout cas à base de résine synthétique. Car je constate qu'il n'accroche pas si bien que cela sur la cire. L'application progressive de l'aérosol en facilite probablement l'application ? Toutefois, il est certain qu'il contient de la térébenthine (ou un solvant équivalent), car lorsque j'ai voulu l'appliquer au pinceau, le deuxième coup de pinceau m'a prouvé que la cire se dissolvait alors très très bien !!! Il y a donc un doute quant à sa nature acrylique, car l'acrylique se suffit d'un seul solvant, l'eau. J'ai lu sur dotapea.com que l'accroche de l'huile sur la cire n'était pas garantie non plus. Vernis huile ou Marabu, même combat ? Nous n'avons pas encore le vernis miracle.
En résumé, les vernis Marabu sont un bon compromis : séchage rapide, accroche correcte, trois qualités (mat, satiné, brillant). Mais atelier indispensable ou bien vernir dehors (pas de vent !).
J'ai aussi testé le vernis Marabu sous forme liquide (en pot), appliqué avec une brosse large et très souple. Beau résultat, protection assurée, mais séchage beaucoup plus long... et surtout, un petit problème auquel je n'avais pas pensé : le vernis est dilué dans la térébenthine et celle-ci... dissout parfaitement bien la cire ! Au premier passage de pinceau, tout va bien, lors d'un deuxième passage, des traînée apparaissent, puis lors du séchage, certaines couches de cire superficielles "se décollent" carrément ! Le vernis en bombe ne présente pas ce genre d'inconvénient. Ni les vernis à base d'eau ou d'alcool.
Autre solution, intéressante, que m'a conseillé Philippe Martinez, du magasin Aux Fines Couleurs à Angoulême : un médium pour l'huile, à base d'eau ("Artisan", water mixable oil fast drying medium, de Windsor et Newton). Plus de problème avec la térébenthine, puisque le solvant est l'eau. On peut prendre le temps (pas trop quand même, sinon, "ça colle") de faire une application au pinceau méthodique et régulière, en jugeant grâce à la brillance en vue rasante.
Mais problème : il y a une tendance claire au "refus", car la cire repousse l'eau, donc le vernis à tendance à perler. Mais ça fonctionne bien quand même, en faisant plusieurs passages, avec séchage intermédiaire. Inconvénient majeur : le temps de séchage (compter une bonne semaine, au moins). Avantages : pas d'aérosols que l'on respire et qui se déposent partout, beau rendu (brillant), application sur et dans tous les reliefs de la peinture, diluable à l'eau, pinceau nettoyable à l'eau, peu d'odeur, pratique pour les travaux qui présentent des parties à vernir et d'autre non (dessin à l'encre + cire par ex.) ; je l'utilise surtout pour ce genre de situations (techniques mixtes).
Ce produit pose toutefois un problème de conservation : apparemment, il vieillit mal dans son pot (exposition à la lumière ? Flacon mal refermé ? Périmé ?). Et j'ai constaté un jaunissement prématuré après avoir utilisé ce médium qui avait un peu décanté et que j'ai voulu rediluer à l'eau. Ce n'est peut-être pas un bon choix ? Nécessite en tout cas de nouveaux essais (prévus de mon côté fin 2008).
Testé aussi : le vernis acrylique. Pas facile, car à base aqueuse. Donc, le vernis perle sur la cire. Comme du mercure ou de l'eau sur de l'huile. Pour que ça fonctionne, il faut faire une première application fine, par passages successifs avec un pinceau large et très souple, et accélérer le séchage avec un sèche-cheveux. Quand "ça commence à tirer", c'est bon. Puis appliquer une deuxième couche généreuse, que l'on prendra soin de bien lisser. Éventuellement une troisième couche.
Résultat : un beau vernis brillant, satiné ou mat, bien tendu (lisse). La qualité mate s'applique plus facilement. On peut donc prévoir une couche en mat et une deuxième en brillant.
Ce vernis reste souple et ne s'écaille pas de lui-même. Par contre, il peut se décoler de la peinture par endroits, car l'acrylique accroche plutôt mal sur la cire, en cas de choc ou de pliure. De fait, il ne résiste pas au test du scotch (encore moins que la Marabu). Et s'enlève alors totalement, comme une peau, si on l'attrape par un angle et que l'on tirre dessus.
Je le considère comme une solution intéressante pour une protection temporaire.
Mais la relative facilité avec laquelle on peut l'appliquer et surtout la vitesse de séchage et l'absence de nocivité me le rendent très sympathique. Je l'utilise assez souvent.
Tenue dans le temps à vérifier mais je doute fort qu'il se détache tout seul d'une peinture. Une cire vernie à l'acrylique depuis 2004 n'a pas bougée, son vernis est intact. Donc, si on ne tire pas dessus, c'est parfait. De toute manière, même à l'huile, il est théoriquement conseillé de changer le vernis tous les dix ans !
Celui-là, il fallait y penser. La gouache étant une technique à l'eau, je ne pensais pas à chercher de ce côté-là. Puis j'ai découvert que des vernis à l'alcool étaient utilisés pour éviter les phénomènes d'embus (zone mate dans une zone brillante, ou l'inverse) dans la peinture à l'huile ; en fait, pour imperméabiliser une couche avant de continuer à peindre par dessus et éviter que la couche sous-jacente "ramène sa fraise". Ça m'a donné des idées…
Rappelons ici que la térébenthine est un solvant de la cire, mais à ma connaissance, pas l'alcool.
Et dans le magasin d'Angoulême, j'apprends que les vernis pour la gouache sont dilués dans l'alcool. Essayons (en l'occurence un vernis pour gouache surfin de Lefranc & Bourgeois)…
Et là, miracle ! Application facile, avec un spalter très souple et soyeux (pinceau de marque Art). Accroche parfaite. Opération bouclée en quelques coups de pinceau. Odeur d'alcool, présente, mais pas trop forte, nettement moins agresive que la térébenthine. Imaginez l'odeur de l'alcool à 90°. Hors poussières très rapidement (une heure, à peine, vers 23-23 °C. À vérifier. En tout cas, sec dans la demi-journée). Beau rendu, bien "tendu". Une seule couche semble suffisante. Le rendu final est très brillant ; il faudra trouver une marque qui propose une qualité satinée ou mate de ce type de vernis pour la gouache. Ou bien appliquer un vernis mat par dessus pour atténuer ou supprimer la brillance (attention, lire ci-dessous). Test du scotch : réussi ! On tient le bon bout…
Mais il y a forcément un inconvénient : le nettoyage du pinceau doit se faire à l'alcool et il faut nettoyer parfaitement, sinon le pinceau est foutu (quand même 25 euros un pinceau de taille moyenne de 5 cm de large). J'ai utilisé de l'alcool à brûler acheté en super-marché et je déconseille fortement : atroce ; à faire dehors avec gants et lunettes. Il semble que l'on puisse utiliser un alcool à 90° ou 95°. On peut se procurer un "alcool surfin à vernir". Ce dernier est à 95° et serait le diluant de ce type de vernis. Je n'ai pas encore essayé mais j'espère que ce sera moins agressif que l'alcool à brûler (l'étiquette de ce dernier n'est pas rassurante !).
La résistance dans le temps reste à prouver. Considérant l'accroche parfaite lors de l'application au pinceau (meilleure que le vernis marabu en aérosol), je suis très confiant. Bien plus qu'avec le vernis acrylique, pour lequel j'ai déjà la preuve d'une accroche sans souci passé 4 ans. Reste à tester aussi la résistance à l'eau. Pour cela, j'ai frotté la surface vernie avec un coton imbibé d'eau ; j'ai même laissé le coton en place un bon quart d'heure : pas de problème. Si on peut nettoyer une peinture de temps à autre avec un chiffon humide, c'est parfait, ça suffit.
Par contre, l'acrylique semble incompatible avec ce vernis pour la gouache. Une peinture avec un vernis acrylique tout frais (et ça déborde sur les côtés, hein…) ayant été accidentellement posée sur une peinture enduite avec ce vernis à l'alcool, j'ai pu constater que le vernis à l'alcool, pourtant déjà sec depuis longtemps, avait été comme dissous. Résultat un contact poisseux qui met 2 ou 3 jours à sécher ; et bien-sûr, une vilaine trace à reprendre (revernir). J'ai testé pour en avoir le cœur net une application de vernis acrylique mat sur une première couche de vernis gouache ; l'application ne pose pas de problème (pas besoin du sèche-cheveux). Mais le séchage est beaucoup plus lent que d'ordinaire et si, après séchage, on enlève l'acrylique, c'est comme si aucun vernis à l'acool n'avait été appliqué.
Précision : le vernis à l'alcool, une fois sec, résiste apparemment bien à l'eau. Il s'agirait donc plutôt ici d'une réaction vernis acrylique/vernis gouache. Donc, mélange vernis acrylique sur vernis gouache à éviter absolument
Je n'ai pas encore testé un vernis Marabu ou un vernis pour l'huile (médium à l'eau ou vernis aérosol) sur ce vernis pour la gouache. À voir.
J'ai repéré différents vernis pour gouache dilués dans l'eau (Pébéo) ou dans l'essence de pétrole (Talens).
S'il s'agit d'essence de pétrole raffinée, il y a très peu d'odeur et le vernis sèche vite ; moins agressif que le white spirit et encore moins que la térébenthine.
Quant au vernis à l'eau, s'il ne s'agit pas d'une résine acrylique, on a peut-être l'espoir d'avoir une excellente solution, à cheval entre le vernis à l'alcool (odeurs et nettoyage du pinceau pénible) et le vernis acrylique (problème d'accroche pouvant faire craindre un décolement du vernis à plus ou moins long terme ou consécutivement à un choc mais sans nocivité ni odeur).
À noter, la page relative aux essences sur dotapea.com…
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